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Full text of "Procès verbal des séances du Conseil général de la Nation"

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AND LILA L.SWAN 
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THE 

SWAN COLLECTION 

ON THE EXPLORATION OF 

ANTARCTICA 



PRESENTED TO THE 

JOHN CARTER BROWN 
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BROWN UNIVERSITY 

IN MEMORY OF 

LILA L. SWAN 

BY 

BRADFORD F. SWAN 



The 



Martin L. Ludington Eun,d 
//atthe 
J^hn Gàrier Brown 




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Library 



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LIBERTÉ ET INDÉPENDANCE. 



ilHl^ 







i^ROYAUME D'HAYTI. 

— iwaBB— a«wii — ^ 

PROCÈS VERBAL 

DesSéancesduConseil général de la Nation. 



_iE jourd'iiuî, vingt-unième da mois d'Octobre , mil huit cent 
quatorze , l'an onzième de l'indépendance d'Hayli , et la quatrième da 
règne de Sa Majesté. 

Les grands Dignitaires , les Officiers civils , administratifs et militaires 
du rojàume , extraordiuaireraent convoqués en conseil général de la 
Nation » en vertu d'ordre de Sa Majesté , gu palais du Conseil à Sans- 
Souci , à l'effet de prendre connaissance des pièces qu'il plairait au Eoi 
ro'i'© uàs-nnpçvtcto ot itM^c irvûolotjji iSouivciaiii cJ<j iTienre à leur ciélioeration. 

Lesdils officiers, en grande tenue , ont été introduits et placés selon 
leurs rangs par M. le baron de Sirard , grand maître des cérémonies. 

Sa Majesté , notre Irès-augnste et très- gracieux Souverain , est apparue 
ayant à sa ganclie S. A. R. Monseigneur le Prince Roj'^lj et précédée 
des grands officiers de la couronne. 

Les acclamations de Five le Roi ! Vive le Prince Royal ! se sont 
fait entendre. 

Sa |\Iajesté s'étant placée sur son frône , a prononcé le discours suivant : 

« H A Y T I E N S, 

« Nons vous avons fait assembler et convo([uer en Conseil général 
de la Nation, pour vous donner connaissance des Letires et Papiers que 
nous avons reçu du général français Danxion Lavavsse , envoyé da 
Sa Majesté Lc3ui.S XVIII. 

*-■ Hay tiens ! Méditer ces écrits avec calme et sagesse tel qu'il convient. 
4 des liuinmss libres , qui ont conauis km indépendance au prix de 

A 



r(:.7lCW/ 



<^ = > , 

leur sang. Méditez les tel qu'il convient enHn à des mandataires c|!ii 

repre'sentent la nation et qui , en cette cjnalite' , ont à prononcer sur leuc 
sort et les intérêts les plus chers de leurs concitoyens » ! 

S. E. ]Vr le comte de Limonade , Secréfaire d'état, Ministre des affaires 
étrangères , a donné lecture des pièces ci-après : 

Lettre du général Dauxion Lavaysse., datée de Kingston le j"' 
Octobre 1814, portant pour suscri|jtion : ^ S. E. le général HENRY 
CHPdSTOPHE , Chef suprême du Gouvernement du Nord de 
Tîoyti j ainsi conçue : 

i^ G É N É R A L , 



•>•> Vous êtes informé de la mission importante dont fai eit 
>> l'honneur d'être chargé auprès de V. E. , et en a rivant ici mon. 
5> intention était de m adresser simultanément à F~. E. et au 
» général Pétion; car je ne suis pas venu, vous ne F ignorez pas ^^ 
1>> comme messager de discorde, mais comme le précurseur de la 
» paix et de la réconciliation, 

» Peu de jours après mon arrivée ici , je payai le tribut au. 
5> climat , ainsi que mon compagnon de voyage M. Draveman , et. 
j> je n'ai trouvé ï^i çu'un seul honnne en qui j'ayepu placer ma 
i> confiance, pour m' aider de sa plume comme secrétaire, 

•>•) Cependant fai communiqué avec des personnes estimables 
» quon m'assure avoir votre confiance, etqiri m'ont confirmé ce que 
» la renommée m'avait déjà appris de vous. 

!>> Mais avant d'avoir l'honneur de coijimuniauer dirccLcment- 
^y avec P^otre Excellence, fai dû prendre les renscignemens les 
» plus certains sur vous et sur Lotit ce qu'il importe au succès -de 
^> ma mission de conn ''-e; et je, confesse , avec plaisir , à V. E. , 
» que tout ce que je stu .^ aujourd'hui , a beaucoup ajouté àmeS: 
i> espérances , et m'encourage à vous parler avec la franchise d' un 
» soldat , ci avec l'intérêt que ne peuvent se refuser ceux qui on& 
» suivi la carrière militaire. 

» Le Roi vertueux qui est enfin rendu à la France , ce Floî; 
» également admirable par la fermeté et la bonté de son caractère ,^ 
J> par l'étendue de ses lumières^ et par le mépris qu'il professe poiif^- 



■•' - ^ 



,-'^ 



C 3 ^ 

» tout pràjiigè iNihérnï y Louis XVUl a gémi y!;is que pcrsowity 
» fias njcsiives atroces qui fuient, ciiipfoyécs contre le général 
» Toussaint à la j)aix, de 1802. Ce clief, loyal et éclairé, n'hait, 
» <7i'ec la presque totalité des hahitans d'Hayti , pris les armes en 
» faveur de la- cause royale. Il l'avait soutenue plusieurs années 
» avec ënergie , et il avait rétabli l'ordre et les cultures à Hayti , 
» au point le plus étonnant. Mais lorsque l'Europe entière fut 
» courbée sous le joug de Bonaparte, il sentit qu'il fallait se sou- 
v> mettre à cet usurpateur reconnu. Aucun des actes du général 
» Toussaint n'avait annoncé l'indépendance, cependant Bonar- 
y> parte , soit pour sacrifier une partie des troupes [^i] immenses 
» qui T embarrassaient CL la paix, soit pour s' approprier des trésors 
» imaginaires , envoya u?ie armée cï Saint-Domingue lorsqu'il ne- 
» devait y envoyer que des récompenses,, 

» L'effet de cette barbare expédition fut une seconde destructiorh' 
» de la colonie et la perte du général Toussaint. 

33 Le Pioi regarderait cette perte irréparable, si Votre Excellence 
» n'avaitpas succédé à la puissance de cet homme célèbre : et con^ 
» vaincu que vous, êtes parfaitement instruit de vos véritables 
3> intérêts ; et de tout ce qui s'est passé en Europe ; certain que le 
n bonheur de votre pays , le votre propre , celui de votre fainille, et 
» de vos amis, servira de règle à votre conduite, il n'a pas douté que 
>v vous n'agissiez avec lui comme Toussaint eût agi s'il eût vécu. 

3> Je viens donc , Général, par les ordres de cet auguste Sou-- 
3> veraln , vous porter des' paroles de satisfaction et de paix. Et 
w lorsque du luiut du trône le plus brillant de l' Europe il commande 
33 à une armée de cinq cents mille hommes , il m' envoyé seul traiter 
53. avec vous de vos intérêts. ^ 

» Nous ne sommes plus au temps de Bonaparte; tous les souve-^- 
» rai us de TEuiope s'étaient ligués pourjaiie tomber l'usurpateur 
» tous restent réunis , pour assurer la trauquillité de toutes les 



5> [i] Presque toutes res troLîpes araient servi sons Moreau , à qui elles restniriit - 
ttJbj-L =111 acliécs ; mais les G éiiérviux étaient pour la plupcut du parti de Buonaparte. - 






'^-^^ 






( 4 ) 

;-> ;?^;-/^/e^ cla monde. "Dam ce moment vous voyez ï Angleterre pumr, 
» à i5oo Ueiics d'elle, les Etats-Uhis de t Amérique, qui avaient 
» osé prêter leur appui à l'ennemi de l'ordre el: du repos du monde • 
<<, déjà la capit-ah de ce nouvel empire a été livrée aux flammes; 
.. déjà son chef est en fuite; ce ne sera que lorsque ces^ mêmes 
r> Etats-Unis professeront les principes des souverains de l'Europe, 
,-, que l'Angleterre cessera de les écraser du poids de ses vengeances 
^> terribles: ainsi tant qu'il y aura un point de l'univers où l'ordre 
■><> ne sera pas rétabli, les souverains alliés ne poseront pas les armes; 
» ils resteront liés pour achever leur grand ouvrage. 

» Sii'ous doutez d^ cette vérité. Général, que Votre Excellence 
^i fas^e consuhcrparses a gens , les disipositions de ï Angleterre , 
M jadis l'ennemie de. la France , m, jour cl Imi son plus fidèle allié ; 
» et ils vous attesteront ce que je viens de vous dire. 

>> Général, si Bonaparte, avec une grande partie des forces de 
î> la France, a succombé sous la masse des forces des alliés; quz 
n peut aujourd'hui résister à la France unie à r Europe entière; à 
» la France devenue ralliée de l'Angleterre ? Et qui doute que 
j> Bonaparte n'eût rapidement consommé l'œuvre infernale de 
» destruction qu'il avait commencé en i8o3 , si en i8o3 , TAngU- 
^> terre n'eût pas déclaré la guerre à la France, et rompu ainsi, ^ar 
^> ses immenses fottes , la communication entre la France eu 
» Saint-Domingue ? 

^> Tout a été prévu dans le traité de paix entre les souverains 
j> de l'Europe. Ne connaissant pas la sagesse et les principes dé 
» Votre Excellence, on ^i supposé que vous pourriez hésiter dans 
^> la conduite que vous devez suivre, et on est convenu que pour 
» remplacer la population d'Hayti, qui, dans ce cas, serait tota- 
» lement anéantie par les masses de forces qu'elle attirerait contre 
» elle, il fallait que pendant plusieurs années , la France continu dt 
>> le commerce de la traite des africains , dans le double but de 
^> remplacer les bras attachés à la culture, et d'en former des 
'■> soldats, à l'imitation des anglais. 



( 5 ) 

- M 7? est smis 'doute inutile d'entrer dans des détails avec mt 
•» homme d'un esprit aussi supérieur que Votre Excellence, mais 
« il convient, peut-être, que ces grandes considérations soient 
•>:> présentées aux personnes que Votre Excellence honore de set 
3J confiance, 

>» SI l'alliance des puissances de l'Europe a eu pour but le réta- 
» hllssement de ï ordre et la chute de ï usurpateur qui le troublait 
» sans cesse, les augustes monarques qui composent cette alliance, 
» nont pas montré pour cela jnolns d'estime aux dignes supports 
» de la gloire et de l'Indépendance de la France; à ces Illustres 
» militaires qui, pendant 26 ans de calamités , n'ont jamais 
» déserté le poste du péril , et ont sauvé à leur patrie , et les lior- 
» reurs de la guerre civile, et ThumlUation du démembrement de 
» la France. Le Roi le plus généreux et le plus sage du monde , 
» le vertueux Louis XVII I, a plus vivement senti qu'aucun de ses 
« grands alliés les titres qu'avalent ces braves , à la munificence^ 
M royale, comme à la gratitude publique ; ils sont aujourdhur, _ 
» comblés d'honneurs , Us jouissent ries fornirzcs îmmenses , et ils 
» bénissent les événemens qui ont donné à leur superbe existence, 
» la stabilité que ne pouvait leur donner un usurpateur. 

» Suivez leur exemple, Général , proclamez Louis XVIII à 
» Hayti, comme ils l'ont proclamé en France, et non- seulement 
■>r> des honneurs et des récompenses vous seront présentées , mais 
>> ceux que vous désignerez, recevront des marques de la satiS' 
» faction de notre souverain , et de la reconnaissance de notre 
» patrie ; et l'empire des préjugés qui est détruit avec l'ancien 
» régime, ne mettra aucun obstacle , à ce que les récompenses 
»> soient égalées à la grandeur des services rendus au Piol. 
■ jï Sans doute si Bonaparte vous adressait du haut du trône de la 
35 France , les paroles que je vous porte , je vous plaindrais de vous 
yy j livrer. Ses succès en politique étaient dus à l'art de tromper, soi 
3> peyfidie égalait lajndssance de ses armes, et le général Toussaint 
>? jn'est pas le seul qui en ait fait la fatale et cruelle expérience; 

B 



(6 ) 

» mais 7e Roi légitime de la France, ïaugiiste successeur de tant 
33 de souverains illustres, le descendant de St-Louis et d'Henry IV ^ 
S5 n'a sans doute pas besoin des moyens vils d un usurpateur, sa 
33 parole royale est sacrée autant que sa race est antique et vêné- 
» rable, et tel que Y un de ses magnanimes ancêtres, Louis XV III 
3> a dit : que si la bonne foi était bannie de la terre , elle devait se 
î> retrouver dans le cœur des Kois. 

5> jiinsi donc ce qu'il vous promeitra. Général, sera certain e£ 
M sera stable ; vous ne pouvez en douter. 

33 Mais Je sens qu'il est peut - être parmi vos généraux des per^ 
» sonnes qui craignent que les chefs envoyés par le roi , oubliant 
53 les instructions quils en auront reçu , et se laissant influencer 
>3 parles créoles et les émigrés , ne rétablissent peu à peu le régime 
» des préjugés. Mais croyez-moi , Général, le régne des préjuges est: 
?> terminé pour jamais. Il ne revivra pas plus dans les colonies- 
» françaises, qu'en France, et qui peut croire qu'il existe encore 
y> dans cedernierpays ? lorsqu'à côté des Montmorency , des Rohan, 
V) des Périgord , etc. sono assis les Soult , les Sachet , les Dessoles ^ 
» etc. lorsque des hommes d origine si différentes ; mais égalejnent 
î> illustre les uns , par leurs hauts faits , les autres jyar ceux de 
» leurs ancêtres , siègent en conséquence égaux dans la chambre 
33 des Pairs , et partagent également les grandes dignités de 1 état ? 
» Le Pwi qui veut que lebicn se prcnn e partout oii il peut se trouver , 
» agira , n'en doutez pas , connue les Monarques d Espagne et da 
» Portugal , qui , par des lettres de blanC , donnent à un individu, 
» de quelle couleur, qu'il soit ïétat dHun individu blanc. Sa puis-' 
» sance royale qui a égalé les Ney, les Soult , les Suchet , les 
» Des soles , etc. aux Montmorency , aux Rohan , etc. par un acte 
» de munificence et d'équité auquel toute la France a applaudi , 
yy peut également rendre un hqmme noir ou jaune , semblable 
y» devant le trône et la loi j et dans les habitudes sociales , à 
» l'homme le plus blond de la Picardie. 

» Vous ne nous forcerez pas , Général , à changer en soldais les 
» nègres que l'on tracte dans ce moment à la côte d' yifriquc , vous 



( 7 ), 

M ne nous fovcerez-pas àuser detousïes moyens de cleskriicblonspos- 
>> !:iMes ; i-ons ne i,'oiis^ exposerez pas à voir déserter vos bataillons, 
» tjiii seront bientôt informés quela discipline franc ai se , qm est lu 
•» p/its parfaite de l'univers , it'erige pas la sévérité excessive que 
» vous avez si souvent exercée; nous connaissons tous vos moyens 
» de défenses; quand je dis vous, je veux dire les personnes qui 
>> sont sous vos ordres. 

» Car je vous crois la tête trop saine, un esprit trop éclairé et 
» trop noble , pour nept^^ être satisfait: de devenir un grand seigneur 
'>> ce un officier général , sous cette antique dynastie des Bourbons , 
« que la providence semble se plaire , en dépit de tous les calculs 
» humains, à vouloir perpétuer sur le trône de notie cbère France; 
» vous préférerez devenir un illus're serviteur du grandsouverain des 
» français, au sort plus que précaire de chef d'esclaves révoltés. Et 
Yt s il fallait des exemples pour vous engagera l'imitation, voyez les 
» généraux Murât et Bernadotte , Chefs ou Rois , depuis plusieurs 
» armées ■ dfis nations qu'ils ont illustrées par les armes ^ descen- 
» dant noblement destrônes sur lesquels les avaient élevés les suites 
» de la révolution française. Voyez-les , dis-je, descendant noble-- 
» ment et volontairement de ces trônes , pour devenir de grands et 
» d'illustres seigneurs , et préférer des honneurs légitimes et dura- 
» hles ^ pour eux et leur postérité, au titre odieux et précaire 
» ^usurpateur. 

« Car ne vous faites pas illusion , Général , les souverains de TEu- 
35 rope, quoiqu'ils aient fait lapaix, ils n'ont pas encore remis l'épeé 
35 dans le fourreau ; et sans doute , vous n'ignorez pas ce que tout 
y^ le monde sait en Europe , quoique la chose ne soit pas encore 
■>' diplomatiquement publique , que le principal article du pacte que 
33 viennent designer tous les souverains européens, sur leur honneur 
33 royal, est d'unir leurs armes ,s'il en est besoin , et de se donner 
33 tous les secours nécessaires pour détruire tous les gouvernemens 
33 qui se sont formés par suite de la révolution française , sol!: eu 
33 Europe , soit dans le nouveau monde. N'ignorez pas que c'est la 
» Grande-Bretagne qui est le centre et la principale partie, dans 



C 8 ) 

» cette convention ] 'A laquelle il faudra quelques mois plutôt Où 
i> plus tard , que tout gouvernement se soumette; et que tout gou~ 
>' i'ernement ou chejs qui ne se soumettront pas, seront traités^ 
i-> comme des traitre,s et des brigands : tandis que ceux qui , {■olon- 
»' tairemeat et de bonne grâce , seront assez raisonnables , et assez 
35 honnêtes gens pour adhérer à ce principe , en contribuant à faire 
:•:> rentrer les peuples qu'ils gouvernent sous l'obéissance des sou- 
2> <i c-aLiis légitimes , obtiendront , de ces souverains , une existence 
3> et des établlssemens aussi honorables que durables. 

<^c La dernière considération que je présenterai à J^otre Excel- 
M lence , c'est la moralité et la loyauté qui caractérisent le Ministre 
« actuel de la Marine. Tout le monde sait qu'au temps de l' As- 
» semblée constituante, où il fut constamment l'un des plus zélés 
» défenseurs de la cause du Roi , il insista sur la nécessité et la 
93 justice d' améliorer le sort des noirs et des hommes de couleir- ^ 
» Prononcer le nom de Matouet , c'est rappeller l'idée des pins 
»> hautes vertus et delà bomxe foi la plus inflexible. Tout ce qui 
:>5 sera promis par un tel homme, sera aussi scu^ré et aussi certain , 
?' que si c'était (je demande pardon de l'expression J la Divinité 
:» mémequi vous le promettait. 

>> P^euilllez agréer, Général , les sentimensde haute considé' 
33 ration avec lesquels fai l'honneur d'être , 

^^ DE VOTRE EXCELLENCE, 

» Le très-humble et très-obéissant Serviteur, 
3> Signé le général D AU X ION LA VA Y S S E. 

55 P, s. Le colonel Médina . qui est associé à ma mission , doit 
ï» se rendre auprès de Votre Excellence , dont il mente toute la 
■?:> confiance. 

» Pour preuve de la loyauté avec laquelle f agis , je joins ici la 
>'> copie de la lettre que j'ai adressée air général Pétion , A peine 
w Tavais-je écrite que je tombai malade., ce qui m' empêcha d'avoir 
?> ïliorviQur d'écrire à^Votre Excellence dfois le même moment: «. 



(95 

Copie de la Lettre du général DAUXION 
L AVAY S S E au général P E T I O N. 

« Kingston, Jaraiùque, 6 Sentenibre 1 S 1-1. 

5. G É N É Fx A L , 

Une des personnes qui ont la confiance de VoU-e Excellence , et avec 
laqaelle le genéial Hodgson eut la bonté de ru'aboucher à Curaçao , 
vous a sans doute rendu compte du but de ma mission , ainsi que des 
intentions paternelles et libérales de notre roi bien-aimé Louis XVILL 

. Vous êtes trop éclairé , Général , et sans doute assez dépassionne , 
pour ne pas concevoir et sentir toute la différence qui existe, enlre l'ordre 
de chose établi , à la restauration de Louis XVIH , et ce qu'on appelé 
l'ancien régime , ainsi que le gouvernement despotique et arbitraire que 
Bonaparte avait essayé d'établir en France. ^ 

., Tromper pour asservir , était devenu depuis dix ans, le grana- 
S-^cret , et le principal mobile de la politique du perfide et haineux usur- 
pateur. Exécré du monde entier, abandonné des compagnons de sa 
Cloire militaire , le sort de cet Energumène sera , il faut l'espérer , une 
leçon pour tous ceux qui exercent un pouvoir illégitime et précaire ont 

cependant la tête saine. ^ 

i II n'est pas besoin de grandes connaissances en droit public pouu 
apercevoir la différence qui existe entre la forme constitutionnelle , da 
souvernement de France actuel , et celui qui existait avant 1789. 

„ Ce n'est pas ce que les émigrés et les républicains appelaient une 
contre révolution , il y a quelques années , qui a replacé les Bourbons 
sur le trône de France. Les Rois de l'Europe n'ont point fait la guerrs 
au peuple français , leurs armées n ont point fait la conquête de la France, 
Le généreux Alexandre et ses alliés venus en France pour se venger 
d'un tyran en délire , ont été le point de ralliement des français, las depuis 
long-temps du plus extravagant et du plus sanguinaire despousrae, 

G 



( 1= ) 

to C'est auprès d'Â!e:;an(Ire que se sont ralliés les homiries énergiques s 
sages et habiles qui on!; joué les premiers rôles durant noire révolution. 
Ge sont les Talieyrand-Be'néveiit , les Dessoles , les Dupont , les 
Marmont, les Ney , les Bournonvîlle etc. etc. qui , après avoir travaillé 
pendant plus de vingt ans durant les diverses variniicn.s de noire révo- 
lution 5 à l'œuvre de la liberté et de riiidépendance de la France', ont été 
les agens de notre pairie pour re'édiEier la monarchie française, sur les 
bases d'une constitution libre et représentative ; et cefre cousiiruliori , c'estr 
Louis XVIII qui en est l'auteur et le rédacteur principal ; combien cette 
circonstance, Général, ne doit-elle pas rendre le nom de son royal auteur 
précieux à tous les vrais amis de la liberté ! De quelle heureuse augure 
ne doit-elle pas être pour nos frères de i'ile d'Hayti.- 

P5 Oui, Général , c'est un roi philosophe , un nouveau Marc-Aurèle , 
un nouvel Henry IV qui est assis sur le trône de France ; croyez m'en , ■ 
je ne parle pas le langage de la fialterie , mais celui ds la^ vérité , celui 
de mes compatriotes, 

35 Pour bien vous fixer sur l'esprît qui règne aujourdhui en France , • 
fetea les yeux sur la liste de la chambre des pairs, et des principales 
autorités de l'Etat. Là vous verrez ces antiques colonnes corimbiennes 
de la monarchie française , les Montmorencys, les Hôhan , les Périgords , . 
les La Ilocljefoncaut: elc. , mêlées à ces colonnes héroïques d'ordre 
moderne , les Neys, les Suchet , les Marmont , les Bo4u-nonvîl!e , les 
Malonet , les Dessoles , les Dujont etc. , les défenseurs de la gloire et de 
l'indépendance de notre chère France, 

» Vous verrez tous ces hommes Cjui par leurs talens , leur génie , 
leur vaillance et leurs vertus , se sont illuslrés pendant les oracles et les 
grandes scènes de notre révo'ution ; vous les verrez , dîs-je , di^mement 
placés entre le Roi et le peuple , également soutiens de la Majesté et de 
la puissance delacouronne, desdroitsdelanation, et delà lijjertépubliciue. 
w Lisez la charte constitutionnelle et les actes du gouvernement actuel, 
et vous verrez qu'au mépris des criailleries et des absurdités des partisans 
aveugles où intéressés de l'ancien régime , tout ce que la 'révolution a 
produit de bien , de principes libéraux compatibles avec nos habitudes 
monarchiques a élé religieusement conservé. 



( 



1 1 



) 



>. R^ûichJssez bien shr ces choses, et dîtes vous je vous en pne , 
Général,» Louis XVllI est un Roi i)hl!uso|ilie , (jui fu! avant , élan 
CH);nmeni-ement de la révolulion , un des plus zèles défenseurs t.e la 
lib.^i!é nuWiuue: les ç^rnnds maeçislrats, les généraux qui l entourent,, 
sont nres(jue!()usleSen{ansdt^larévo!ution,conséquemuientlesennem]S 
des anciens abus et des anciens pieiu,L';és. . . . Ces lioinnies se sont élevés 
par la révolution , à l'égal des premières (amilles de France, ... Et nous ; 
comme eux, élevés par les ora.^es de la même révolution , et par j es 
et par les mêmes causes , nous resterions dans l'avilissement... Gela n esc 

pas possible ». n i ^ i " 

Dites-vous aussi : « Bonaparte fut un despote perlide et cruel , qui 
n'employait guéres en politique que des anens aussi immoraux et aussi 
perfides que lui , mieux eûl valu combattre iuscjues dans nos derniers 
retranchemens , que de ne jamais faire aucun tralié avec ce Corse qui 
ne respecta jamais ses promesses : mais Louis XVlït est u^'( souveram 
légitime , le descendant de Saint-Louis , et de Henry IV. Il n empioie 
pour traiter avec nous c[ue des hommes d'honneur , des hommes sans 
préjugés , peut-être des hommes qui , sous un autre gouvernement, ont 
défen'ju notre cause dans leurs écrits, oîi leurs discours... Ils n'écouteront 
pas la voix d'hommes aveiiglés par leurs préjugés où aigris par leurs 
malheurs,.. .11 est lepèreel l'arbitre commun de tous ses sujets.. . Prenons 
conMance en ce roi généreux , loyal , éclairé , il nous fera partager les 
droits de sujets et de citoyens fra;.ç:ds , ce qui certes , est préférable au 
sort d'être traré comme des sauvages malfaisans , ou traques comme des 
iièm-es marons. » , 

« Faites ces réfl^^xions , ce monologue , Généra! ; peneirez en les 
hommes raisonnables qui méritent votre confiance , et vous ménierez les 
marques les plus honorables de la satisfaction de voire souverain et la 
reconnaissance de votre patrie et des habitans d'Hayti , que nous ne 
pouvons cesser de considérer comme français. 

« Vous avez trop d'esprit, la tête trop saine. Général, vous connaissez 
trop bien la France pour prendre ce langage pour celui de Sa faiblesse ; 
la faiblesse menace; fhomme fort et puissant frappe el écrase , lorsque 
l'on méconnait et que l'on dédaigne sa geaérosiié. 

Je suis , etc. 

Signé D A U XI O N L A V A Y S S E, 
Pour copie conforme , 
D' A U X I N L A Y A I S S E, ■ 



( 19 ) 

.Après, S. E. a lu au conseil le pamphlet d'an nommé H. "Henry . 
iniprimé à la Jamaïque , ayant poui' lilre: Considérations offertes aux 
Habitans de Saint- Doniingue , sur leur sort actuel et sur le sort 
présumé qui les attend. •'.. 

Ces lecSures terminées , Sa Majesté a dit : 

« Je laisse à Ja sagesse du Conseil général delà Nation, de prendre 
les mesures et les résolutions qu'il croira convenables pour le salut 
dû notre pays. 

3:> Le résultat de ses délibérations , toute fois qu'il ne compromeKra 
point notre honneur et les intérêts du peuple haylien , sera la règle 
invaiiable de iio're conduite n. 

Sa Majesté s'est retirée aux mêmes acclamations de T~ive le Roi ! , 

Le conseil s'est alors constitué sous la présidence de S. A. S. M'^ le 
prince du Limbe , ministre de la guerre et de la marine , de S. E. M"" le 
comte de la Taste , ministre des finances et de l'intérieur , vice président. 
5. E. M. le comte d'Ennery , lieutenant général et M. le baron de 
Dessalines , major général , secrétaire général du département de la 
" guerre , ont été noaimés secrétaires. 

Le Conseil général de la Nation , délibérant à runanimiié, a décidé 
qu'il serait rédigé , séance tenante , une Adresse au Roi , pour voter des 
remercîmens à Sa Majesté, sur l'honneur qu'ElIe lui a fait de mettre à 
sa délibération , les communications importantes qu'elle lui a donné , 
îiianifeste à Sa Majesté les seutimens cjui animent le conseil , et îa 
EésolulioA qu'elle a prise. 

Après la rédaction , S. A. S. M'' le prince du Limbe , président , a 
annoncé au_ conseil , que l'adresse était rédigée , que lecture eu allait 
être donnée ; ce que S. E. M. le coaile d'Ennery;, secrétaire, s'es^t 
,Ciimressé de faire» 



( i3 ) 



A U RO I 



SIRE, 



c« C'est en vaîn que l'on cherclieraît dans les annales des nations 
l'exemple dune ouverture de paix entrepris sous de plus affreux 
auspices, et accompagné de circonstances aussi déshonorantes que 
celle entamée par le i^ënéral français Dauxion Lavaysse , au nom et 
comme agent de Sa Majesté Louis XVIII. _ 

» Les peuples , les souverains , les individus même en particuliers , 
ont des droits qui sont respectés parmi les nations les plus barbares ; 
et il n'est point permis à qui que ce soit de les enfreindre; mais si les 
hommes en général sont convenus de respecter ces droits , consacres 
nar l'usage et l'honnêteté publics, combien à plus forte raison , est-sl 
odieux ciue l'envoyé d'un roi , d'un peuple éclairé , ait osé violer ouverte- 
ment ces droits sacrés ? 

,, Quoi ! les plus abominables des tyrans , quand Us ont voulu 
onprimer les peuples , en leur imposant le joug de la tyrannie, on 
employé des moyens perfides et ont couvert de quelques prétextes 
spécieux leurs criminelles entreprises ( parce qu'ils n'osaient violée 
ouvertement ces droits des peuples ) ; mais l'envoyé du roi des français 
a tout violé impudemment; il a fait la plus cruelle injure qu'il soiE 
possible de faire à un peuple libre, en lui proposant celte abominable 
alternative^d'opter entre l'esclavage et la mort. A ciui ce vil Agent ose-t-il 
s'adresser p^'our manifester les intentions atroces de son gouvernement î 
C'est à Votre Majesté , au vainqueur des frarçais, au défenseur de la 
lil^-téet de l'indépendance 1 A vous, Si RE, qui avez consacré votre vie 
eaùère au mainiieii el à la défense des dtoils iadestuictibles et élernek 

D 



( î4 y 

^e l'homme ! A vofre Majesté qui a toujours eu pour régie de sa conduite 
et de ses actions , l'honneur et !a gloire du peuple haytien î On ose vous- 
proposer de descendre d'un trône où vous avez été placé par Taraour et 
la gratitude de vos concitoyens ! O comble d'audace et d'infamie ! On 
ose soupçonner votre grande âme d'une insigne perfidie î... Aqui ose-l-oii 
parler de fna^ire et cV esclave ? A nous, à un peuple libre et indépenda.if ; à 
des guerriers couverts de nobles cicatrices gagnées au champ d'honneur , 
qui ont détruit jusques dans ses dtrnières racines l'arbre antique des 
préjugés et de l'esclavage ; à ces guerriers qui dans mille combats ont 
fait mordre !a poussière à ces barbares colons dont les restes échappés 
à notre juste vengeance, osent encore parler de rasseoir ici leur régime 
abhorré que nous avons proscrit à Jamais I Non , Jamais il ii'existera 
de maître ni d'esclave à Hayiï ! 

=' Votrç ^laiesté se serait-elle attendue à un, tel excès d'indignité 
de la part d'un souverain que la renommée s'est plue à nous présenlei- 
comme un roi sage, bon et verlueux, instruit à l'école de l'adversiié ,, 
ennemi des préjugés illibéraux , enfin juste et humain ? Que la renommés 
©st mensongère. Sire, s'il faut comparer les effets avec ce qu'elle 
devance tant de fois? La prenuère ouverture Je pai«,les_p-en:uères paroles 
de conciliation qui nous sont adressées au nom de ce prince , dont nous 
lîous étions formés mie si grande idée , sont des insultes , des outrages 
sanglans ; on ose proposera des hommes libres depuis vingt cinq ans,, 
qui ont encore les armes à la main , de les déposer pour reprendre les 
chaînes de l'ignominie et dun barbare esclavage ! En nous insinuanir 
oes hoifeurs , on les couvre du prétexte spécieux de paroles de paix 
et de réconciliation ! On enveloppe le poignard-de la trahison et de la 
perfidie sous le manteau honorable et séduisant des sentimens libéraux 
de Justice et d'humaniié du monaixjue desfrarrçais à noire égard ! Mais 
soudain , ce vil agent , ce monstre antropophage changeant de lang.ige , 
prenaril le ton et le caractère atroce de sou odieuse mission , nous mer.ace 
d'anéantir noire race , et de la subsistuer par une autre I Qn'<;lle justice ! 
qu'elle libéralité ! qu'elle humanité î 

« A cette dernière démarchedes f\-ançais , Sire , tout ne nous démon- 
te-t-il pas que la cause dès hajiieijs est sej^aieede celle des aulres peup/es ? 



( i5 ) 

r.n effet ! à qnel j-jeuple ! à quel souverain auraif-on osé proposer des 
conditions aussi viles que déshonorantes : lis nous ni<^prisent , ils nous 
cvoyent slupides au point de supposer que nous sommes pi'ives 
Kîême de cet inslisict , qu'ont les animaux pour leur propre conser- 
vation ; Quel délire ! (|uel excès d'audace ! d'oser nous proposer de 
nous livrer aux français, de nous^soumettre à leur odieuse domination ! 
Serait-ce pour les bienfaits que nous en avons reçu que nous reprendrions 
les chaînes de la servitude ? Serait-ce pour un sonvei'ain qui nous est; 
tout à fait e'tran<^er, c[ue nous ne connaissons pas, qui n'a jamais rien fait 
pour nous , au nom ducpiel on vient nous outrager que nous irioris 
changer de maître? Serait-ce enfin , pour être de nouveau livrés ans 
tortures et aux chiens à dévorer, que nous renoncerions au fruit de 
vingt -cinq ans de combats et de sang répandu ? Qu'avons-nous donc 
encore de commun avec ce peuple? N'avons-nous pas brisé tous les liens 
- qui pouvaient nous unir cà lui ? Nous avons changé de nom , de vie , de 
mœurs, nous ne ressemblons en rier-j aux fraiiçais ; à ce peuple qui 
n'a cessé de nous persécuter et que nous abhorrons. Pourquoi donc 
notre sort serait-il d'être condamné àgémirsoussaljranniqi:"eoppression ? 
» Ces barbares, ils osent nous mépriser 1 Us croyent que nous sommes 
indignes des bienfaits de la liberté et de l'indépendance ? Ils crojeni: 
que nous ne sommes pas susceptibles de ces senlimens sujjlimes, de ces 
élans généreux qui forment les héros et rendent les hommes maîtres de 
leurs destinées ; ils le croye)it , mais ils se tromjjent î c[u'i!s connais- 
sent bien peu la magnanimilé , l'énergie et le courage -de ce peuple 
qu'ils osent outrager ! Nous voulons être libres et indépendans, et nous 
le serons en depi! des t^^rans ! . 

35 Ah ! Si jamais notice cause est sépare'e de celle des autres peuples , 
si l'on se croit en droit de nous menacer , de nous insulter , de nous rayer 
du nombre des vivans;si l'injustice prévaut sur l'équiié dans ce siècle da- 
lumières ; si nos tyrans enfin [parvenaient à triompher de nous ; du raoins- 
que la gloire du peuple haïtien n'ait rien qui puisse l'égaler dans les- 
annales d-s nations! Oui, nous y sou.':crivons, pknôi que de renoncer à la 
liberté et à l'indépendance, que notre race entière so_ye extermine'e ! Nous- 
j syuitiivous j mais avant c|ue le français puisse asseoir ici sa puissance ^ 



C 16 ) 

qu lîaj/ti devienne un vaste dësevt , t[ne nos villes , nos manufactnres , 
nos maisons , soyenl la proie des flammes; que chacun de nous multiplie 
ses forces , redouble son e'nergie et son courage , en immolant dans 
notre juste fureur , des milliers de ces tigres alte'rés de notre sang. 
QLiTïdjti ne repre'senïe qu'an monceau de ruines, que les regards effrayes 
ne rencontrent que l'aspect de la mort , de la destruction et de la ven- 
geance ! Que la postérité dise , en voyant ces débris ; Ici il existait: un 
peuple libre et généreux , des tyrans ont voulu lui ravir sa liberté , il a 
préféré cesser d'exister !... La postérité applaudira à cet acte de magna^ 
nimilé. Hé ! quel est le mortel assez peu généreux qui nous refuserait 
son admiration , son estiine et ses vœux ? 

Dans les guerres polilif|nes , entre états policés , les armées combattent 
et les peuples vivent en paix ; mais daas une guerre d'extermuialion , 
comme celle dont on ose nous menacer , lorscju'il s'agit de défendre ses 
foyers , 1-es tombeaux de ses pères , sa liberté et son indépendance. 
Qaedis-je?son existence, celle de ses femmes et de ses enfons; la guerre 
est d'iiomme à homme ; les femmes , les aclolescens sont en guerre ; 
tout est en armes ; tout le lïial que nous pourrons faire à notre 
ennemi est un devoir sacré ; tous les moyens de desiruciion nous 
seront légitimes ; nous ferons revivre ces exemples terribles de 

l'exaspération des peuples qui ont épouvanléja terre ! 

La postérité eu frémira d'horreur ; mais loin de nous blâmer , 
elle ne les imputera qu'à la perversité du siècle , aux tyrans et à la 

nécessité î • Mais non , cela ne sera pas , cela est 

impossible ! Havli est invincible, et la justice de sa cause la fera triompher' 
de tous les obstacles !Non, jamais cette exécrable entreprise aura lieu, il 
y va de l'honneur, de la gloire des souverains et des peuples de l'Europe ; 
et la Grande-Bretagne , cette libératrice du monde, empêchera une 

pareille abomination ! 

Sire, l'insulte faite au peuple haytien et à son souverain , l'outrage 

particulier fait à l'auguste personne de votre Majesté , rejaillit sur nous 
individuellement et sur la nation entière ; dans notre juste indigna- 
tion , s'il nous était possibles , la vengeance eût égalé roffense. 



■ 17 > 

te Conseil pénëtrë des grandes choses que Votre Majesté a faites poui> 
le bonheur et la gloire du peuple haytieu , a l'honneur de présenter à 
Votre Maiesté , au nom de ce peuple brave et généreux , sa résolution 
de vivre libre et indépendant ou mourir , et de témoigner ses sentimens 
de dévouement, de fidélité et de reconnaissance à l'auguste personne 
de Votre Majesté et de la Famille royale ; vingt-cinq ans d'expérience , 
et de services rendus au peuple hayùen sont les sûrss garans que le 
bonheur et la félicité de Votre Majesté sont intimement liés au salut 
de tous. Notre premier mouvemeut est donc de crier aux armes , et le 
second de porler nos regards sur Votre Majesté à qui le peuple 
a confié sa destinée; nous vous offrons unanimement, Sïhe , nos 
armes, nos vies , nos biens , pour le service de votre Majesté, de notie 
patrie , de notre liberté et de notre indépendance ; et nous renouvelions 
au pied de votre trône, ce serment sacré : Obéissance aux Consliiuùom 
(lu Pioyaume et fidélité au R.0I l 

Le conseil a accueilli celte adresse aux acclamations de F/re le Roi f 
'Vive la Liberté 1 Lulépendance ou la Mort ! A l'instant tous les 
membres se sont empressés de se porter au bureau pour y apposée 
leurs signatures. 

SiGKFS Lnirs Altesses Royales le prince Noele , prince Jean. Son Altesse 
Sérénlssime le prince de Saint-Marc. Leurs Grâces le duc de l'Anse , le àac 
de Fort-Royal , le duc de Y \rlibonùe , le duc de FAYancé, le duc la Marmelade , 
le duc du Dondon. î eurs ExceUences les comtes de Valières, d'Ouanamintlie , 
de La^avon , de Cahos , de Limonade , du Trou , de Saint-Lonis , du Terrier-Rouge., 
du Gros-Morne, de Léogane, de Ridieplaine , de Terre-Neuve , de Thdoner, 
de Mont-Rouïs. Les maréchaux de camps de Barthélémy Choisy , de leai> Joseph , 
àe Louis Fré-is, Faraud, DéviUe, ClieYalller, de Raymond, Joseph Jérôme. 

L'^s barons de Tliabares , de Henry Proix , de Sicard , de Dossou , de Ferner , 

' de Bastien Fabien, Cadet Antoine , de P.Poux ,de C. Cap , de Bottex , de Léo, 

xle îvlontpoiia , de Dupuy , de Béliard , de Stanislas Latortne ,de Joseph f atortue , 

lie F A Charrier , de J.B. Petit, de Delon, de Vastey, de J.Dessalmes, de Lucas. 

Les GheTaliers de Lacroix , de Biaise, de G. Leconte, deC.Pétigny, de 

Dézormes, de Prézeau, de Dupin. . , ^^ , 

Les colonels deDavid , deDlacoué , de Prophile , de Laurent Désir , de Dagobert . 
de P. ApoUon, de P. François, d'André Lejeune , Vincent Louis , de Grandmaison, 

B 



r 18 > 

âe Hoban, Ignace, deT. L.Louis, P. Paul Colin, P Apollon, de D,- soUy , 
deR. Seiublé , de T. Gabriel, de J. P. Jeanbaptiste , de Fidèle, de Sanison, de J. Césaire, 
lie S. Louis Alexandre, de Frontis,Liibin ,Villareaux, ? .Poux,, Jannitte, Daniel Carré. 
Les lieutenans colonels d'Antoine Paul , Bien-aims Guillaume , Lubin ,G. Augustin , 
Leonel, de Jumeau , Cliristoplie , de P. Hardy, Titus , de Fidèle Frannois, de Propliete^ 
de Ste. Fleur , de Marc fils, de Nord 'lexis, de Belair, Prophète Augustin, Isidore ,, 
de César Mineur ,de Manuel , d'Etienne Bazile, deGuillemote , G. Lafricain, Ulysse, 
Ambroise Henry , Janite , de Corasmin , Catabois , Josepb Bion , JE. Guillaume , Crepin , 
de L. Paul, Félix, Bardette, ,1. B.Gabriel , de Michaux, Georges François, C.Dulïard, 
Dossou,ClievrauLapointe, AntoineDouet, Vonrose, Bernard, François, de Gougues, 
Maret, de Titon ,Célestin, Joachim, Sévère, Boréaux, JnlienPierre,Thoby,Pliilipe, 
Blgaille , de Damis , de Paul , d'Azor Elise , de Vincent, Pérotte ,de Colas, A. Faraud, 
M. Lafleur , L. Voltaire , d'Adonis , Eustaclie , de Paul , de Janvier , d'Etienne , Denis ^ 
Piéné , de Janite d' Alricain , Félix , J. P. C clin , de Bernard , Dauphin , deSilvain Pierre ,, 
Jean-Louis , de Georges ,de Pierre, de Jacquet , de -".Philippe , de Jacques, de Nœl^ 
Eugène, de P. Cliarles, d'Honoré André, de J.F. Champain, de Baine, Mousrardy. 
Les olficiers de l'administration G.Démangles, Diaquoy, AchiIle,Ménard,Darraey, 
Auguste jeune , T. Guérinet, N. Gauulard, Bréyoltaire , GalloBirame , Duffesne, 
C. Warloppe. 

Les conseillers B. Lemoine, Hector, Mancelle, Guisot, Aurignac , Dubois, Tonka^ 
Klîatre , Somœereux, Bayron , Heuraux aine, P. Martin, Sangosse , V. Domégé, 
P. Josepli , Ulysse , J. Blain , Pierre ' ouis , SanônDéraque , Penet , Vilton. 

Les lieutenans de Juges Jacques Lallemand, Corasmin, A. ToUo, Eustaclie Aramy. 
Mardy , J. Devilie , J. P. Jeanot , J.. Grégoire , J. B. Dessalir es , Piobert , Grandjean , 
J.F. Danfour, Marc père, Guillaume Joseph, J.P.Antoine, Thomas Pierre, T. Gilbert^ 
PasteurPrisson , Paul Rousseau , Jean Remy, J. Gaulard , Michel Pessé , LouisFierre, 
Cliristoplie Baptiste , Joseph , Amadis , J.B.Tony, Jean Lavigne : /Suivent un graud- 
poinhre de signatures.. 



S. E. M'' le comte de la Taste , vice-presIdent , proposa de nommée 
lane députation pour apporter aux pieds du Roi , notre liés - auguste et 
U'ès-grâcieux Souverain , l'adresse et la résolution du conseil. 

S. A. S. M"^ le prince de Saint -Marc , Sa Grâce M"^ le duc de la 
Marmelade , S. E. M. le comte d'Ennery, furent charges de ce message, 

La députation de retour , S. A. S. M"^ le prince de Saint-Marc annonça, 
au conseil que Sa Majesté avait accueilli favorablement l'adresse , et 
qu'elle allait se rendre en personne au conseil , pour lui manifester, de 
^iye Ypix ,, ses sentimens». 



( > 9 ) 

S. E. 1\I. In comte tic Saint -Louis , maî're de cérémonies , ariUor.cô- 
Qii ooiv-ei] l'arrivée de Sa MLljes^é ; tons les membres se lèvent, 
bu Majesté debout , sur son Irôuc , a dit : 

<cHAYTIENS! 



<c Vos sentimens , votre gënéreuse re'solution, sont dignes de Nous j 
voire Roi sera toujours digne de Vous ! 

« Noire indignalion est à son comble ! Qu'Hajli , dès cet instant , ne- 
s )it qu'un vaste camp ; préj^aions-nous à combattre ces tyrans , qui nous 
menacent des fers , de l'esclavage et la mort. 

« Haïtiens ! L'univers entier a les yeux fixés sur nous ; notre conduite 
doit confondre nos détracteurs et Justifier l'opinion que les philantropes 
conçoivent de nous. Rallions- nous ; n'ayons qu'un seul et même vœu , 
celui d'exterminer nos tyrans ; du concours unanime de notre union , ds 
nos efforts , dépendra le prompt succès de notre cause. Donnons à la 
postérité un gi and acte de courage; combattons avec gloire; soyons effacés 
du rang des peuples . plutôt qnp da renoncer à la liberté et à l'indé- 
pendance. Roi , nous saurons vivre et mourir en Roi ; vous nous verre?r 
toujours à votre tête, partager vos périls et vos dangers. S'il arrivait que 
jjous cessassions d'être, avatit d'avoir consolidé vos droits , ressouvenez- 
vous de nos actions ; et si nos tyrans parvenaient à mettre en danger 
votre liberté et votre indépendance ; exhumez mes os , ils vous guideront 
encore à la victofre , et vous feront triompher de nos implacables et 
éternels eimemis ». 

Les cris mille fois répétés de F'à'e Je P^oi ! Vive le Prince Royal! 
Vive l Indépendance ! Liberté ou la Mort ! Guerre à mort: aux, 
Tyrans ! ont retenti dans l'enceinte de lasalle ,. et ont été répétés dans 
les avenues du conseil , par le concours du peuple et des troupes. 

Sa Majesté vivement émue s*est rétirée ;. le conseil l'a accompa!?ne'@ 
dans son palais au cris de Vive Henry I Vive i Indépendance ! Vive 
le Drfensiur de la Liberté ! 

La séance a été levée à tiois heures do l'apiès - midi , et reavojée a^; 
iendeiuaiu à sept heutes». 



^/ - 



05 



( 20 ) 

Le vingt ■- deuxième joiu" du mois d'Octobïe t.àes années susdites , 
à sept heures du matin. 

Les membres da conseil re'unis , 

La séance a e'té ouverte aux acclamations de P^ive le Boi ! 

S. E. M'' le comte d'Ennery donna lecture du procès verbal de la 
Séance du iour d'hier, dont la rédaction a été unanimement approuvée 
par le conseil. 

S. A. S. M' le prince de Saint-Marc a demandé que lecture s<t 
donnée au conseil des diffcrens paragraphes de l'Ouvrage de M. Malouet, 
ministre de S. M. Louis XVIII, concernant les vues de ce ministre sur 
îe pf^uplehaysien , étant convaincu que ledit Malouet poursuit maintenant 
l'exécution du plan qu'il avait alors proposé. Cette demande ajant été 
accueillie, S. E. M' la comte d'Ennery a donné lecture des différens 
paragraphes dont s'agit , lesquels sont consignés dans le IF^ Fohmie 
eîes Collections de Mémoires sur les Colonies, et particulièremene 
sur Saint-Domingue, publié en l'an X, répondant à 1802. 

Pendant cette lecture, des mouvemens d'indignation se sont faits 
remarquer dans l'assemblée. 

S. E. M. le comte de Richeplaine a demamlé c[ue le procès verbal des 
séances du conseil général de la nation , l'adresse et la résolution prise , 
îolent rendus publics par la voie de l'impression. Cette demande 
a été adoptée. 

Le président a levé la séance aux acclamations de Vi^'e le Roi ! 
'^^Lve la Liberté ! Five ï Indépendance ! 

l'ait ft passé en conseil» les jours , mois et an que dessus. 

Prince du LIMBE, président. 

Comte DE LA Taste , vice-présidei-rf. 

Comte d'ENNERY et baron de Dessalines, secrétaires. 



■Au Cap-Henry, chez P. R ou x , imprimeur du Floî.